In memoriam Health Ledger
Le décès subit de Heath Ledger m’a bouleversé. Je ne connaissais cet acteur que par son rôle dans Brokeback Mountain. Mais cela m’a suffi pour comprendre le vide que sa mort va laisser dans le paysage cinématographique. Celui qui avait magistralement interprété, non, incarné Ennis, n’est plus.
Difficile de savoir pourquoi Ledger m’a tellement touché dans ce film. Peut-être parce qu’il a incarné toute la douleur de vivre d’Ennis, ses déchirements intérieurs. Peut-être parce que Ennis, c’est aussi un peu moi : ma part de doutes, mes hésitations, mes non-dits. Peut-être tout simplement parce cette histoire d’amour entre en résonance avec tant d’autres.
Lorsque j’ai vu pour la première fois Brokeback Mountain, l’épilogue du film – si bouleversant – et les yeux embués de larmes d’Ennis m’ont évoqué un Lied de Mahler : le dernier mouvement de Das Lied von der Erde (Le Chant de la Terre). La tristesse du départ (Der Abschied), mais aussi le secret espoir évoqué à l’extrême de la pièce, qui m’émeut toujours jusqu’aux larmes, tout est dans ce sublime mouvement.

Alors, en mémoire de Heath Ledger, voici ce poème, que Mahler a découvert dans un recueil de poésies chinoise. Et pour ceux qui ne connaissent pas cette musique bouleversante, vous la trouverez ici : http://www.kozlika.org/kozeries/post/2005/12/31/405-chants-de-la-terre-et-de-mort
Der Abschied
Alle Täler steigt der Abend nieder
Mit seinen Schatten, die voll Kühlung sind.
O sieh! Wie eine Silberbarke schwebt
Der Mond am blauen Himmelssee herauf.
Ich spüre eines feinen Windes Wehn
Hinter den dunklen Fichten!
Der Bach singt voller Wohllaut durch das Dunkel.
Die Blumen blassen im Dämmerschein.
Die Erde atmet voll von Ruh und Schlaf.
Alle Sehnsucht will nun träumen,
Die müden Menschen gehn heimwärts,
Um im Schlaf vergessnes Glück
Und Jugend neu zu lernen!
Die Vögel hocken still in ihren Zweigen.
Die Welt schläft ein...
Es wehet kühl im Schatten meiner Fichten.
Ich stehe hier und harre eines Freundes;
Ich harre sein zum letzten Lebewohl.
Ich sehne mich, o Freund, an deiner Seite
Die Schönheit dieses Abends zu genießen.
Wo bleibst du? Du läßt mich lang allein!
Ich wandle auf und nieder mit meiner Laute
Auf Wegen, die von weichem Grase schwellen.
O Schönheit! O ewigen Liebens, Lebens trunkne Welt!
(nach Wang-Sei)
Er stieg vom Pferd und reichte ihm den Trunk des Abschieds dar.
Er fragte ihn, wohin er führe
Und auch warum es müßte sein.
Er sprach, seine Stimme war umflort:
Du, mein Freund,
Mir war auf dieser Welt das Glück nicht hold!
Wohin ich geh? Ich geh, ich wandre in die Berge.
Ich suche Ruhe für mein einsam Herz!
Ich wandle nach der Heimat, meiner Stätte.
Ich werde niemals in die Ferne schweifen.
Still ist mein Herz und harret seiner Stunde!
Die liebe Erde allüberall
Blüht auf im Lenz und grünt aufs neu!
Allüberall und ewig blauen licht die Fernen!
Ewig... ewig...
L’Adieu
Le soleil disparaît derrière les montagnes.
Sur toutes les vallées tombe le soir
Avec ses ombres pleines de fraîcheur.
O vois! Comme une barque d’argent flotte
La lune sur la mer bleue du ciel.
Je sens une tendre brise souffle
Derrière les pins sombres!
Le ruisseau chante à voix plus haute dans l’ombre,
Les fleurs pâlissent dans la lueur du crépuscule.
La terre respire pleinement de repos et de sommeil.
Tous les désirs vont maintenant rêver,
Les gens fatigués rentrent chez eux,
Pour apprendre dans le sommeil un bonheur oublié
Et la jeunesse, à nouveau!
Les oiseaux sont blottis, silencieux, sur leurs branches.
Le monde s’endort...
Il souffle une brise fraîche à l’ombre de mes pins.
Je suis là et j’attends un ami;
Je l’attends pour un dernier adieu.
J’ai tant envie, ami, à tes côtés
De jouir de la beauté de ce soir.
Où es-tu? Tu m’as laissé seul si longtemps!
J’erre ici et là, avec mon luth,
Sur des sentiers riches d’une herbe douce.
O beauté! O monde à jamais ivre d'amour et de vie!
(d’après Wang-Sei)
Il descendit de cheval et lui tendit le breuvage de l’adieu.
Il lui demanda où il irait
Et aussi pourquoi cela devait être.
Il parla, sa voix était voilée :
Toi, mon ami,
Sur cette terre, le bonheur ne m’a pas été donné!
Où je vais ? Je vais, j’erre dans les montagnes.
Je cherche le repos pour mon cœur solitaire.
Je vais vers mon pays, mon refuge.
Jamais je n’errerai plus au loin.
Calme est mon cœur et il attend son heure.
Partout, la terre bien-aimée
Fleurit au printemps et verdit à nouveau!
Partout et éternellement, les lointains bleuissent de lumière!
Eternellement... éternellement...