Le Grand silence...
A la suite de très intéressants échanges que j’ai eu sur le forum de GA au sujet, notamment, de la foi et de la science, et du créationnisme, j’aimerais faire part ici de quelques réflexions qui n’engagent que moi.
Et d’abord, le postulat fondamental est celui de la distinction entre foi et science. La science est du domaine des principes démontrables, la foi de celui de la croyance, de la confiance en un principe supérieur. Vouloir mélanger les deux domaines est aussi hasardeux qu’irrationnel. Et pourtant… Un scientifique de renom, Richard Dawkins, affirmait il y a peu que « l’existence de Dieu est, statistiquement, très improbable ». Dieu se réduit-Il à une équation mathématique, se laisse-t-Il enfermer dans une éprouvette ? C’est faire preuve d’un positivisme que l’on croyait relégué aux poussiéreuses archives de l’histoire des sciences que de penser cela !
Et si le jésuite et paléontologue Pierre Teilhard de Chardin a tenté, en une prodigieuse et ambitieuse synthèse, de réconcilier science et foi (« Il n'y a pas, concrètement, de la Matière et de l'Esprit: mais il existe seulement de la Matière devenant Esprit. » dixit Teilhard), sa perspective est d’abord théologique, et prend donc racine dans sa foi.
La foi est en effet, selon moi, confiance, non en un principe, un concept, mais en une personne. Or, pour comprendre un être humain, je ne peux pas me baser sur ma raison seule, sur mon « esprit de géométrie », dirait Blaise Pascal. Je dois user de mon « esprit de finesse ». A fortiori pour Dieu. Comme le dit Saint Augustin, il faut «croire pour comprendre». Il faut dépasser notre raison, car Dieu la dépasse infiniment, pour rencontrer Dieu non pas comme un concept éthéré, mais comme une personne véritable qui se révèle à nous. Et tout devient plus clair, car «c'est le coeur qui sent Dieu, et non la raison.» (Blaise Pascal). Oui, j’aurais beau tout savoir du monde, si je n’ai pas un esprit d’enfant, je ne comprendrai jamais Dieu, ce Dieu dont le compositeur Olivier Messiaen dresse ce merveilleux portrait dans ses Trois petites liturgies de la Présence Divine : « Vous êtes près, Vous êtes loin, Vous êtes la lumière et les ténèbres, Vous êtes à la fois si compliqué et si simple, Vous êtes infiniment simple ! ». Ce Dieu que tant de savants ont cherché, et qui s’est révélé aux humbles, à ceux qui distinguent obscurément, à travers la splendeur spiralée des galaxies, le rougeoiement d’un coucher de Soleil, le sourire d’un enfant ou l’évolution elle-même, que « toute la nature n’est qu’une espèce de liturgie et qu’elle n’a pour fonction que de célébrer quelqu’un ou quelque chose (de se célébrer elle-même), avec persévérance et obstination », comme le disait Ramuz dans son Journal, que j’ai d’ailleurs cité dans ce blog il y a quelques semaines.
Oui, j’aurais beau tout savoir du monde, si je n’ai pas un esprit d’enfant, je ne comprendrai jamais Dieu, ce Dieu dont le compositeur Olivier Messiaen dresse ce merveilleux portrait dans ses Trois petites liturgies de la Présence Divine : « Vous êtes près, Vous êtes loin, Vous êtes la lumière et les ténèbres, Vous êtes à la fois si compliqué et si simple, Vous êtes infiniment simple ! ». Ce Dieu que tant de savants ont cherché, et qui s’est révélé aux humbles, à ceux qui distinguent obscurément, à travers la splendeur spiralée des galaxies, le rougeoiement d’un coucher de Soleil, le sourire d’un enfant ou l’évolution elle-même, que « toute la nature n’est qu’une espèce de liturgie et qu’elle n’a pour fonction que de célébrer quelqu’un ou quelque chose (de se célébrer elle-même), avec persévérance et obstination », comme le disait Ramuz dans son Journal.
Il y a quelques jours est passé sur Arte le film « Le Grand silence », tourné à la Grande Chartreuse près de Grenoble. Expérience impressionnante à plus d’un titre : près de trois heures d’un silence monacal (c’est le cas de le dire…), entrecoupé seulement par le son des cloches appelant les moines à la prière. Le réalisateur s’est laissé imprégner d’une manière totale par l’esprit du lieu. Son œuvre est inclassable : presque une expérience mystique, une longue méditation sur la prière et sur l’abandon à Dieu. Elle ne tente pas d’expliquer l’inexplicable, ce qui pousse ces hommes à vivre une telle vie, à « s’abîmer dans la prodigieuse compassion de Dieu », comme le dit magnifiquement Bernanos dans La Joie. Elle montre seulement un peu de ce « cœur à cœur » avec Dieu vers lequel tendent les moines. C’est dans le silence qu’il faut chercher la présence de Dieu.

« Vous qui parlez en nous,
Vous qui vous taisez en nous,
Et gardez le silence dans votre Amour,
Enfoncez votre image dans la durée de mes jours. »
Olivier Messiaen, extrait des Trois petites liturgies de la Présence Divine